"Les Rêveurs" : Isabelle Carré nous prend par la main pour remonter avec elle le fil de son enfance

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Je connais peu Isabelle Carré, je ne suis pas sûre de pouvoir vous citer plus de trois ou quatre films ou pièces dans lesquels elle a joués. Elle est pour moi une comédienne de théâtre et de cinéma, inscrite dans notre paysage français, une femme discrète, juste, sensible. Je ne sais pas ce qui m'a poussée à acheter son premier roman, je pressentais que cela allait être à son image, un livre subtil, juste.

Ce n'est pas vraiment la comédienne dont il s'agit dans ce premier roman. Nous comprenons dans quelles circonstances elle démarre le théâtre, elle parle un peu dans les dernières pages du livre, de sa carrière. Mais il s'agit avant tout dans ce livre, de l'enfant qu'elle a été qui a forgé ce qu'elle est devenue comme femme, comme comédienne.

Isabelle Carré nous raconte dans ses "Rêveurs", ses souvenirs d'enfance, son père, sa mère, leur rencontre, sa famille à tendance "pop-post-soixante-huitard-zen" comme elle le décrit elle-même, qui ne ressemblait à aucune autre que ce soit tant pendant le mariage de ses parents (elle raconte notamment la tête des gens qui visitent pour la première fois leur appartement et la sensation qu'elle a eu très tôt que sa famille ne ressemblait à aucune autre) qu'après leur divorce.

Cette enfance aurait pu donner lieu à un "joyeux bordel" ou plutôt un "bordel joyeux" mais cela a l'air d'avoir créé des fractures, des traumatismes, une solitude profonde face à des parents qui avaient l'air occupés à trouver chacun leur propre chemin. Ainsi elle nous parle de la dépression de sa mère, de l'homosexualité de son père, de sa chute qui lui blesse gravement les jambes alors qu'elle n'a que 3 ou 4 ans, de sa tentative de suicide qui l'a conduite à séjourner à l'hôpital pendant plusieurs semaines ou encore de l'emprisonnement de son père.

Tout cela n'a pas l'air d'être très gai et aurait pu tourner au règlement de compte vis-à-vis de sa famille. Mais il n'en est rien. A aucun moment l'auteure ne fait de jugement, elle ne fait que des constats. Je ne crois pas qu'elle essaye de comprendre, elle a l'air d'avoir déjà compris. Elle ne fait que raconter.

Au final je ne suis pas sûre d'avoir été complètement séduite par ce premier roman pour des raisons que je n'explique pas trop. Mais c'est très bien écrit et surtout l'on ressent une vraie empathie pour cette nouvelle auteure qui nous fait finalement partager une partie de sa vie et dès lors ses failles. Rien que pour cela, il mérite d'être lu...

Un extrait : "Mais comment ? Comment font les gens ? Pourquoi personne n'a encore écrit une vraie "vie : mode d'emploi", ce serait plus qu'utile ! Quelque chose de sérieux, pas un énième "livre bien-être" d'un pseudo-psy dont on voit l'après-midi les chroniques à la télé, les conseils d'un médecin réputé à la recherche d'un complément de retraite, ou ceux d'un sage, adepte du yoga et de la méditation transcendantale... Non. J'aimerais tellement trouver mieux, je cherche des heures dans les librairies. Mon angoisse : passer devant, juste à côté sans le voir, manquer Le livre qu'il me fallait, qui aurait été fait pour moi..."

Références : Les Rêveurs de Isabelle Carré aux éditions Grasset

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