"Me voici" de Jonathan Safran Foer, un roman fourre-tout qui se révèle très plaisant


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On ne va pas se mentir, "Me voici" est un roman fourre-tout de 700 pages que l'on commence avec un peu d'appréhension. 700 pages, cela a intérêt à être drôle, subtil, prenant voire les trois en même temps car sinon cela risque d'être long (et lourd - je me suis dit à de multiples reprises "finissons-en avec ce livre, il est beaucoup trop lourd à tenir / à emmener"). Au début, on est un peu déconcerté, l'histoire commence dans une gentille famille juive, et pour une raison que l'on ignore (mais on le comprend plus tard), le texte est entrecoupé de messages pornographiques écrits en italique. Cela ne dure pas, heureusement, et l'on est tout de suite pris par ce livre où les dialogues sont tranchants et très souvent drôles.

L'histoire de "Me voici" est difficile à résumer car en réalité ce livre comporte de multiples histoires. Nous suivons tout au long de ce roman la famille Bloch, une famille juive qui comporte les parents, Julia, architecte, et Isaac, scénariste de séries TV, et leurs trois garçons, Sam, Max et Benjy. Le pitch de départ est que Sam, qui est en train de préparer sa bar-mitsva, a été puni à son école pour avoir rédigé en classe des messages racistes. Dans le même temps, Julia trouve dans la salle de bain familiale, un téléphone qui appartient à son mari et sur lequel figure des messages pornographiques.

Je précise le "pitch de départ" car l'on passe rapidement sur ces messages tant racistes (même s'ils donnent lieu à une scène d'anthologie entre les parents Bloch et le rabbin Singer, professeur de Sam) que pornographiques. L'auteur aurait pu se contenter de broder autour de ces deux situations. Mais il n'en est rien. Au final on suit dans ce roman, la destruction du couple Julia - Isaac, comment ils sont tombés amoureux, comment ils ont eu des enfants et comment ce trop plein d'amour pour leurs enfants a fini par tuer leur couple. Elle passe son temps à dessiner les plans d'une maison pour une personne tandis que lui écrit une série secrète sur sa famille, série qu'il n'assume pas car elle aurait pour conséquence de montrer au monde, une famille juive telle qu'elle peut exister aux Etats-Unis. L'auteur décortique avec justesse la fin de ce couple, en étant à la fois dans la tête de Julia mais également de Jacob et de ses enfants.

Les dialogues sont tellement bien écrits, ils sont tranchants, vifs, précis. Jonathan Safran Foer arrive à rendre audibles, les non-dits. Nous assistons parfois à des scènes entre Isaac et Julia avec leur conversation réelle et ce qu'ils auraient pu ou auraient dû se dire, chacun l'un à l'autre. C'est brillant. On est dans l'immédiateté, on passe sans transition du présent à un souvenir familial, puis on refait un saut dans le futur, puis on repasse au présent. Il faut reconnaître que l'on est parfois un peu perdu, mais au final c'est un livre génial.

Je ne voudrais pas limiter "Me voici" à l'histoire de ce couple car ce livre est bien plus. Il traite également de l'appréhension qu'ont les Juifs de leur religion (à travers notamment Sam qui prépare sa bar-mitsva et des cousins qui viennent pour l'occasion en Amérique) mais également de la situation au Moyen Orient mise en exergue par un séisme se produisant en Israël. On passe sans transition de l'analyse par Julia de son mariage, à une analyse de la Torah, en faisant un virage par les tribulations d'Argos, le chien familial. Il y a tout, deux fois, avec beaucoup de sauce dans ce roman et c'est pour cela que parfois on se sent un peu barbouillé mais on finit toujours par y revenir...

Si vous avez raté le début : Car c'est impossible à décrire, voici les premières lignes de ce roman : "Quand la destruction d'Israël commença, Isaac Bloch se demanda s'il valait mieux se tuer ou emménager dans une maison de retraite juive. Il avait habité un appartement aux murs couverts de livres jusqu'au plafond et aux tapis si épais qu'un dé pouvait s'y perdre ; puis dans une pièce et demie au sol de terre battue ; dans la forêt sous d'impassibles étoiles ; sous le plancher d'un chrétien pour qui, à un continent de distance et trois quarts de siècle plus tard, un arbre serait planté en commémoration de sa vertu ; au fond d'un trou pendant de si nombreux jours qu'il n'arriverait plus jamais à déplier complètement les genoux..."

Références : "Me voici" de Jonathan Safran Foer aux Editions de l'Olivier






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